1ère étape
Le médecin traitant est le premier repère lorsqu’une inquiétude apparaît concernant la mémoire, l’organisation ou le comportement d’un proche. Il connaît l’histoire médicale et personnelle de votre proche, son environnement et ses habitudes de vie. C’est vers lui qu’il faut se tourner dès l’apparition de troubles inhabituels ou inquiétants. C’est un interlocuteur de confiance, capable d’éclairer les situations où beaucoup d’incertitudes émergent.
Dans la réalité actuelle cependant, il arrive que la personne n’ait plus de médecin traitant, par exemple après un départ à la retraite ou faute de médecin disponible. Dans ce cas, il est important de déclarer un nouveau médecin dès que possible. Les centres de santé, les maisons de santé pluriprofessionnelles, les communautés professionnels territoriales de santé (CPTS), les plateformes territoriales de coordination, ou encore le service d’accès aux soins (SAS) peuvent aider à en retrouver un. En attendant, une consultation auprès d’un médecin disponible, même non déclaré comme médecin traitant, permet déjà d’entamer l’évaluation initiale.
Le parcours de soins coordonné
Le médecin traitant est au centre du parcours de soins coordonné. Le consulter en premier permet d’être mieux remboursé par l’Assurance maladie et de bénéficier plus facilement des examens nécessaires. Certains examens indispensables, comme le bilan gériatrique complet en hôpital de jour, ne peuvent être réalisés qu’avec une prescription du médecin traitant. C’est pourquoi il doit rester l’interlocuteur principal, même lorsque l’inquiétude est forte. Consulter un spécialiste sans passer par lui fait sortir du parcours coordonné et entraîne une base de remboursement beaucoup plus faible, ce qui peut peser sur le budget de la famille.
Le rôle du médecin traitant dans l’évaluation initiale
Le diagnostic de la maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée est d’abord clinique. Lors des premières consultations, le médecin traitant évalue l’état général, recueille le récit de la personne et de son entourage et peut réaliser des tests dits « de débrouillage » comme le MMS, le test de l’horloge ou le test des cinq mots. Ces tests ne posent pas, à eux seuls, un diagnostic, mais orientent le raisonnement.
Les troubles de mémoire ou d’attention n’annoncent pas nécessairement une maladie d’Alzheimer ou une maladie apparentée. Ils peuvent être liés à une dépression, une anxiété importante, une carence en vitamines, un trouble thyroïdien, des effets indésirables de médicaments ou d’autres pathologies pour lesquelles il existe des solutions thérapeutiques. Le rôle du médecin traitant est précisément de rechercher ces causes réversibles avant de conclure à une maladie neuro-évolutive.
Lorsque les difficultés persistent ou semblent évocatrices d’une maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée, le médecin traitant oriente vers un spécialiste, neurologue, gériatre ou psychiatre, en libéral ou en consultation mémoire hospitalière. Le spécialiste confirme le diagnostic et initie les traitements spécifiques.
Le droit au deuxième avis
Lorsque le diagnostic reste incertain ou si la famille ressent le besoin d’être rassurée, il est tout à fait possible de demander un deuxième avis médical. Cette démarche peut se faire auprès d’un autre spécialiste ou dans une consultation mémoire hospitalière. L’idéal est de continuer à avancer avec le médecin traitant pour rester dans le parcours coordonné, Demander un deuxième avis est une démarche tout à fait légitime, souvent rassurante, et jamais un manque de confiance.
Quand le diagnostic est posé : coordination médecin traitant / spécialiste
Le médecin traitant prend le relais et assure le suivi. Il coordonne les soins, surveille l’évolution, ajuste les traitements, surveille les effets secondaires et coordonne les différents professionnels impliqués. Il prescrit l’orthophonie, la kinésithérapie, les soins infirmiers ou l’intervention d’une Équipe Spécialisée Alzheimer (ESA) à domicile.
Il accompagne la famille dans les démarches médico-sociales et remplit les parties médicales des dossiers nécessaires pour la Carte Mobilité Inclusion (mentions invalidité, priorité ou stationnement), et pour l’Allocation Personnalisée d’Autonomie (APA) ou, pour les personnes de moins de 60 ans, la Prestation de Compensation du Handicap (PCH).
Même lorsque plusieurs professionnels interviennent, le médecin traitant reste le pivot du suivi, celui qui assure la cohérence et la continuité du parcours.
La visite longue à domicile
Le médecin traitant peut réaliser, une fois par an ou en cas de changement important, une visite longue et complexe au domicile d’une personne atteinte de maladie neuro-dégénérative, en présence de son aidant. Ce temps privilégié permet d’évaluer l’autonomie dans le cadre habituel de vie, les risques éventuels (chutes, errance, dénutrition), l’organisation du quotidien, la fatigue de l’aidant et l’adéquation des aides déjà en place.
Elle constitue un temps privilégié pour réfléchir ensemble aux ajustements nécessaires et, si besoin, à la préparation d’une future entrée en établissement.
Sources
Code de la santé publique, art. L.162-5-3 et suivants (organisation du médecin traitant et parcours de soins coordonné).
Code de déontologie médicale, art. R.4127-60 et R.4127-62 du Code de la santé publique (consultation d’un confrère et droit à un deuxième avis).
Nos conseils
Il arrive que le médecin traitant, parfois très proche de la personne depuis des années, attribue les premiers troubles à l’âge, au stress ou à la fatigue. Les débuts d’une maladie neuro-évolutive sont difficiles à identifier, et cette réaction ne signifie pas qu’il ne vous écoute pas. Pour autant, si vos observations se répètent ou s’aggravent, il est important de les lui signaler à nouveau. Décrire précisément ce que vous observez au quotidien (oublis inhabituels, désorganisation, changements de comportement, situations dangereuses) l’aide à mieux comprendre ce qui lui échappe parfois d’une consultation à l’autre.
Le médecin traitant doit rester votre premier interlocuteur. Sortir du parcours coordonné réduit fortement les remboursements et rend plus difficile l’accès à certains examens indispensables. Si les inquiétudes persistent, il peut orienter vers une consultation mémoire ou un spécialiste, ou prescrire un bilan gériatrique complet permettant de distinguer une maladie neuro-évolutive d’une autre pathologie ou d’une cause réversible.
Le médecin traitant demeure le pivot du suivi. Lui transmettre régulièrement vos observations permet d’anticiper les difficultés, d’adapter l’accompagnement plus tôt et, souvent, d’éviter des situations de crise. Lorsque vous vous sentez démuni ou lorsque l’évolution devient plus complexe, il est tout à fait possible de lui demander une visite longue à domicile. Cette consultation spécifique permet d’évaluer la situation dans le cadre de vie réel, d’aborder les difficultés concrètes et de réfléchir ensemble aux solutions les plus adaptées.
Toutes ces démarches n’ont jamais pour objet de juger la personne malade ou ses proches. Elles visent à mieux comprendre ce qu’elle traverse, et à vous éviter de porter seul des inquiétudes lourdes mais légitimes. Le chemin du diagnostic et de l’accompagnement est souvent long et exigeant. Vous n’avez pas à l’affronter seul : le médecin traitant, les équipes mémoire et les professionnels engagés dans le parcours sont là pour soutenir, rassurer et sécuriser chaque étape.