Protection de la personne

Anticiper l’avenir n’est jamais simple, surtout lorsqu’une maladie comme Alzheimer ou une maladie apparentée entre dans sa vie. Le mandat de protection future permet d’organiser à l’avance sa protection et celle de ses biens, pour le jour où la maladie ne permettra plus de décider seul. C’est un outil souple, respectueux de la volonté de la personne, et bien moins contraignant qu’une mesure judiciaire comme la tutelle ou la curatelle.
 
Il permet de choisir la ou les personnes qui s’occuperont de soi, de ses démarches, ou de son patrimoine, en définissant exactement ce qu’elles pourront faire. C’est une manière de se protéger tout en protégeant ses proches, en évitant des décisions dans l’urgence.
 

Qu’est-ce que le mandat de protection future ?

C’est un contrat dans lequel une personne (le mandant), tant qu’elle en a encore la capacité, désigne une ou plusieurs personnes de confiance (les mandataires) pour agir à sa place lorsque ses facultés personnelles ou cognitives seront altérées.
 
Il peut concerner la protection de la personne (santé, choix de vie, lieu d’hébergement), la gestion des biens (paiement des dépenses, gestion d’un patrimoine) ou les deux. Il n’entraîne pas d’incapacité juridique : le mandant reste une personne de droit, représentée par celui qu’il a choisi.
 
Toute personne majeure peut établir un mandat, sauf si elle est sous tutelle. Une personne sous curatelle peut le faire avec l’accord de son curateur.
 

Qui peut être mandataire ?

Toute personne majeure capable peut être désignée : un proche, un ami, un membre de la famille.
 
Une personne morale (association, service spécialisé) inscrite comme mandataire judiciaire peut aussi être choisie.
 
Il est possible de désigner plusieurs mandataires, par exemple un pour la personne, un pour les biens.
 

Le contrôleur : un acteur obligatoire du dispositif

La loi impose la désignation d’un contrôleur, distinct du mandataire.
 
Il peut s’agir de toute personne majeure (parent, ami, professionnel), choisie librement.
 
C’est obligatoirement le notaire en cas de mandat notarié.
 
Cette présence limite les risques d’abus et renforce la sécurité juridique du dispositif.
 

Les deux formes de mandat

1. Le mandat sous seing privé
 
Il peut être rédigé sur papier libre contre-signé par un avocat, via le formulaire CERFA n°13592*04. Il autorise uniquement des actes de gestion courante : paiement des factures, gestion administrative habituelle, renouvellement d’un bail, etc.
 
Les actes importants (vente d’un bien, donation…) nécessitent l’autorisation du juge. Le contrôleur vérifie que le mandat est exécuté conformément aux intérêts du mandant. Il peut demander au mandataire de rendre des comptes, vérifier les dépenses effectuées, et saisir le juge en cas de difficulté. Pour lui donner une date certaine, le mandat peut être enregistré auprès des services fiscaux (recette des impôts). Cela n’est pas obligatoire mais vivement conseillé pour éviter toute contestation ultérieure sur sa date.
 
2. Le mandat notarié
 
Reçu par un notaire, il permet d’autoriser des actes plus étendus, notamment les actes de disposition (vente d’un logement, gestion d’un patrimoine immobilier), sauf les donations, la vente du domicile ou de la résidence secondaire qui nécessitent toujours l’accord du juge.
 
Le notaire qui a rédigé le mandat assure le contrôle annuel du mandataire : il vérifie l’inventaire initial des biens, le compte de gestion et la cohérence des actes réalisés. En cas d’irrégularité, il saisit le juge des tutelles.
 

Comment le mandat prend-il effet ?

Le mandat ne s’active que lorsque le mandant n’est plus en état de pourvoir seul à ses intérêts. Pour cela, le mandataire doit présenter le mandat signé et un certificat médical circonstancié rédigé par un médecin inscrit sur une liste du procureur de la République
 
au greffe du tribunal judiciaire, qui vérifie la conformité du dossier et autorise la mise en œuvre du mandat.
 
Tant que le mandat n’a pas pris effet, il reste modifiable ou révocable librement.
 

Les obligations du mandataire

Dès le début de sa mission, il réalise un inventaire précis du patrimoine du mandant, qu’il met ensuite à jour régulièrement. Il rend un compte de gestion annuel au notaire (mandat notarié) ou le tient à disposition du juge (mandat sous seing privé).
 
Il agit toujours dans l’intérêt exclusif du mandant, en respectant l’étendue des pouvoirs définis dans le mandat.
 

Fin du mandat

Le mandat prend fin dans les situations suivantes :

  • rétablissement des capacités du mandant, constaté médicalement ;
  • décès du mandant ou du mandataire ;
  • placement du mandant ou du mandataire sous tutelle ;
  • décision du juge en cas de difficultés ou de mauvaise exécution ;
  • ouverture d’une mesure judiciaire si le mandat ne suffit plus.

 

Sources

Code civil, articles 477 à 494-1
Formulaire cerfa n°13592*02 – Mandat de protection future
Notice officielle CERFA n°13592*04 (mandat de protection future)
Loi n° 2007-308 du 5 mars 2007 portant réforme de la protection juridique des majeurs
Décret n° 2008-1484 du 22 décembre 2008 relatif au mandat de protection future
Circulaire de présentation de la loi n°2007-308 du 5 mars 2007 portant réforme de la protection juridique des majeurs

France Alzheimer

Nos conseils

Parler de l’avenir et de la protection juridique n’est jamais simple. Pourtant, prendre le temps d’aborder ces questions en amont permet souvent d’apaiser les inquiétudes et de sécuriser les décisions lorsqu’elles deviennent nécessaires. L’essentiel est d’instaurer un dialogue ouvert et sincère avec la personne pressentie comme mandataire, afin de s’assurer qu’elle accepte cette mission en en mesurant la portée. Accompagner un proche en situation de vulnérabilité constitue en effet un engagement important, tant sur le plan personnel que pratique.
 
Il est également vivement recommandé de désigner un mandataire suppléant. Cette précaution permet d’anticiper les imprévus : si le mandataire principal ne peut plus assurer sa mission, la continuité de la protection de la personne est ainsi garantie, sans rupture ni urgence.
 
Lorsque le mandat de protection future est établi sous seing privé, son enregistrement auprès de l’administration fiscale est fortement conseillé. Cette formalité donne une date certaine au document, élément précieux en cas de difficulté ou de contestation ultérieure.
 
Le mandat de protection future concerne aussi les proches aidants. Pour un conjoint ou un enfant qui accompagne déjà une personne fragilisée, prévoir sa propre protection permet d’envisager l’avenir avec davantage de sérénité. Si l’aidant venait à être lui-même en difficulté, une personne de confiance pourrait alors prendre le relais pour veiller aux intérêts personnels et patrimoniaux du couple ou de la famille.
 
Le mandat de protection future n’a jamais pour vocation de priver une personne de ses droits. Il s’agit au contraire d’un outil choisi, respectueux de la volonté de chacun, qui permet d’éviter le recours à une mesure judiciaire plus contraignante, souvent décidée dans l’urgence.
 
Enfin, il ne faut pas hésiter à se faire accompagner dans cette réflexion. Un notaire, un avocat, un point d’accès au droit ou une association spécialisée peuvent aider à poser un cadre sécurisant et adapté à chaque situation, dans le respect des besoins et des choix de la personne concernée.